Onze sources, dix pays, cinq continents, et pourtant un même récit qui semble déjà trancher avant l'heure : Meta savait, Meta aurait menti, Meta pourrait payer. Ce n'est pas la convergence en soi qui étonne — l'accusation est documentée, les procureurs s'appuient sur des millions de pages internes — mais la vitesse à laquelle le langage judiciaire, encore incertain sur le fond, s'est figé en fait journalistique dans des rédactions qui n'ont, pour la plupart, ni intérêt commun ni ligne éditoriale partagée. Quand Rome et Sydney écrivent une phrase presque identique sur l'exploitation du cerveau des enfants, cela ne prouve rien sur le fond de l'affaire, mais suggère une dépendance commune à la même source primaire — celle des procureurs eux-mêmes, dont le communiqué semble avoir mieux voyagé que n'importe quelle contre-expertise scientifique. Un seul détail rappelle qu'un journalisme d'investigation existe encore dans cette masse : ce compte Facebook désactivé pour un mineur quand le compte Instagram associé restait actif, relevé par une seule rédaction, et qui à lui seul vaut plus que tous les chiffres à douze zéros empilés ailleurs — parce qu'il pose enfin la vraie question, celle de la capacité technique réelle plutôt que de l'intention prêtée. Cette question, presque personne ne la pose : si aucune vérification d'âge fiable n'existe à l'échelle d'un milliard d'utilisateurs, un tribunal californien sanctionnerait-il une faute ou une impossibilité structurelle ? Le procès du tabac, cité par plusieurs sources comme grille de lecture, a eu ceci de plus simple que la nicotine se mesurait en milligrammes — la dépendance numérique, elle, se plaide en algorithmes qu'aucun juge ne peut vraiment démonter. Le monde entier a donc raconté un procès qui juge une entreprise pour un mal qu'il décrit avec une précision biologique, tout en laissant entendre, en creux et presque partout, une incertitude persistante sur les moyens techniques de l'empêcher réellement de continuer.



