Ce qui unit ces cinq sources — une publication indienne alarmiste, un service public australien, un think tank bruxellois, une étude académique et un media d'information américain — ce n'est pas un désaccord sur les faits, c'est un désaccord silencieux sur ce qui compte. Et ce désaccord-là est peut-être le vrai sujet. Le corpus traite un même conflit à travers cinq focales qui ne se touchent presque jamais : les armes russes, le droit australien, la diplomatie régionale, l'économie souterraine, les camps de réfugiés. Chacun voit juste dans son cadre. Mais mis ensemble, ces angles révèlent une forme d'angle mort collectif : personne, sauf l'étude académique sur le Mizoram, ne s'attarde sur le fait que trois ans de guerre civile ont produit 3,5 millions de déplacés internes sans que le monde trouve la bonne case administrative pour les nommer. Ni vraiment réfugiés reconnus, ni victimes de guerre médiatisées — juste des gens entre deux catégories, dans un conflit entre deux agendas. L'autre silence partagé est celui-ci : si la junte mobilise 100 000 soldats, reçoit des Soukhoï russes, et recourt aux assauts en masse, c'est peut-être le signe d'une armée qui s'use plus vite qu'elle ne l'avoue. Aucune source ne tire cette conclusion, pourtant elle se déduit de leurs données combinées. La narration du régime fort appuyé par Moscou est tellement utile à tout le monde — comme angle d'entrée, comme comparaison avec l'Ukraine, comme justification diplomatique — qu'elle occulte peut-être ce qu'elle est censée expliquer. Crisis Group le formule en creux : la Chine n'a pas besoin d'avions pour gagner, il lui suffit d'attendre que tout le monde soit épuisé.



