Synthèse Correspondant
Sept provinces touchées, 7 773 cas confirmés, 3 759 décès, et un Nord-Kivu qui bondit de 73 % en trois semaines pendant que l'Ituri recule de 26 % : le chiffre circule presque à l'identique d'Accra à Hong Kong, de Buenos Aires à Atlanta, et donne l'impression d'un monde qui lit la même fiche ; The Straits Times, lui, cite un bilan plus récent, arrêté au mardi : 7 820 cas confirmés et 3 779 décès. Ce qui change, ce n'est pas le bilan, c'est la porte d'entrée.
L'OMS fournit le cadre, et deux familles d'angles se partagent le reste. D'un côté l'argent : Washington promet 267 millions, l'engagement passe à 886 ou 887 millions selon le décompte, et l'on vise 2 milliards. De l'autre le soin : des centres qu'on construit sans pouvoir les faire tourner, 300 professionnels par structure, des grèves pour salaires impayés, un médecin mort le 24 septembre à Kisangani, une survivante qui reste au centre de Butembo pour aider les soignants auprès des malades. Les deux récits ne se contredisent pas, ils s'ignorent — le donateur parle en tonnes de matériel et en millions de dépistages, le soignant parle en lits à 100 % d'occupation et en agonisants incapables de se prendre en charge.
Le détail le plus instructif ne fait aucun bruit. Les montants américains se lisent en deux morceaux qui se complètent : 886 millions dont 107 du département de la Santé chez The Citizen, dans un texte daté de New York, 887 millions dont plus de 780 du Département d'État chez Radio Okapi. La même enveloppe, vue par ses deux guichets.
Plus bas, un fait scientifique tient tout le reste ensemble : Ervebo, hautement efficace contre la souche Zaïre, d'efficacité inconnue contre Bundibugyo. Voilà pourquoi 20 000 doses servent à un essai et non à une campagne, et voilà pourquoi la méfiance des populations a un socle matériel que la seule mémoire des abus passés n'explique pas. Un essai clinique en pleine flambée, ce n'est pas une précaution, c'est l'aveu qu'on ne sait pas.
Il reste une image que le tableau d'ensemble absorbe mal : au 1er septembre, treize des quatorze cas de Kisangani étaient liés à Nia-Nia, zone de passage de personnes et de marchandises. Le virus voyage avec ceux qui circulent.



