Il y a un mot que presque toutes ces sources utilisent, et un autre qu'une seule ose proposer à la place — et c'est là que tout se joue. "Xénophobie" contre "Afriphobia" : la distinction n'est pas sémantique, elle est chirurgicale. Si les victimes sont systématiquement des Africains noirs — et les témoignages, les listes de quartiers, les noms de morts le confirment — alors le mot consacré décrit une violence générique là où la réalité en désigne une beaucoup plus précise, avec une histoire beaucoup plus longue. Le confort du terme "xénophobie", c'est qu'il permet à tout le monde de continuer à parler sans vraiment nommer. Ce corpus rassemble des voix du Nigeria, du Kenya, de Namibie, d'Allemagne, de France, de Turquie, d'Inde — et ce qui frappe n'est pas leur désaccord, c'est leur convergence sur le diagnostic structurel : un apartheid économique jamais démantelé, 85% de la richesse nationale entre les mains de 10% de la population, majoritairement blanche, et une majorité noire qui a gagné le bulletin de vote sans jamais gagner la clé du coffre. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit. Et pourtant la scène se rejoue — 2008, puis encore, puis encore — comme si nommer le problème suffisait à tenir lieu de solution. L'autre convergence, plus troublante encore : presque aucune source ne donne vraiment la parole aux migrants eux-mêmes. On les compte, on les pleure, on les cite en statistiques ou en symboles — Ernesto Nhamuave brûlé vif à Alexandra reste le nom que DW convoque pour ancrer la mémoire longue — mais leur voix propre, leur récit de l'intérieur, reste absent de la quasi-totalité des articles. Ramaphosa parle de "poches de protestation". Les syndicats nigérians parlent de "solidarité historique". Les éditorialistes namibiens parlent de "libération inachevée".



