Sept sources, sept chiffres différents, et pas deux qui s'accordent. Le taux de participation oscille entre 55% et 60%. Le nombre de sièges parlementaires après réforme varie de 61 à 65. Le compte des coups d'État depuis 1974 va de cinq à dix selon qui compte. Ce n'est pas un détail d'intendance journalistique : c'est le symptôme d'un pays où même les faits vérifiables — pas les opinions, les chiffres bruts — n'ont pas de source unique faisant autorité. Et personne, dans ce corpus, ne le signale comme un problème en soi. Chacun avance son chiffre avec la même assurance tranquille, comme si la variation n'existait pas. Cette instabilité statistique dit quelque chose que les commentaires, souvent focalisés sur le degré de sévérité envers la junte, ne relèvent pas frontalement : la couverture de ce référendum repose presque entièrement sur des sources secondaires, faute d'observation indépendante confirmée par personne. Riotimes le note explicitement en creux, Al Jazeera choisit son propre chiffre sans le confronter aux autres, Foreign Policy Journal et le Guardian divergent sur l'histoire même du pays qu'ils racontent. On a là un cas où la question n'est pas qui a raison sur le fond politique — sur ce point, tout le monde converge, la junte consolide son pouvoir via un texte constitutionnel taillé à sa main — mais qui a même les moyens de savoir. Le vrai clivage, ce n'est donc pas tant celui qui oppose les textes indulgents aux textes critiques. C'est celui, plus silencieux, entre les sources qui admettent l'incertitude des chiffres (Riotimes, avec sa mention de l'absence d'évaluation indépendante) et celles qui les citent comme des faits stabilisés, qu'elles soient sévères ou neutres sur le fond. Deutsche Welle est sévère et pourtant relaie la contestation même des chiffres officiels de participation — c'est en réalité la source la plus radicale du lot, pas sur le ton, mais sur l'objet de sa remise en cause : elle ne conteste pas seulement l'interprétation du vote, elle conteste le vote lui-même comme donnée. Ce qui frappe, en creux, c'est qu'aucune de ces sept versions ne prétend avoir vérifié quoi que ce soit sur le terrain. Elles racontent toutes, avec plus ou moins de gravité, un récit officiel qu'aucune n'a les moyens de confirmer ou d'infirmer complètement. Dans un dossier où l'armée écrit la loi, organise le vote sur cette loi, puis certifie que le vote s'est bien passé, la vraie information n'est peut-être pas dans ce que chaque média affirme — mais dans ce qu'aucun d'eux ne peut, en l'état, prouver.



