Quatre feux qui brûlent en même temps, dans le même pays, et presque aucune source ne regarde les trois autres. C'est peut-être ça, le vrai état de l'Éthiopie en 2026 : non pas une crise, mais une désagrégation — chaque région, chaque conflit, chaque acteur évoluant dans sa propre logique, avec ses propres médias, ses propres diasporas, ses propres récits de légitimité. Le Tigré réclame ses territoires, l'Amhara livre une guerre parallèle que personne à l'extérieur ne cartographie vraiment, Addis-Abeba et Asmara rejouent une partition dont ils connaissent déjà les paroles, et pendant ce temps l'accord de Pretoria sert simultanément de référence juridique, de promesse trahie et de fiction commode selon qui parle. Ce qui manque dans l'ensemble de ces couvertures, c'est moins l'information que le lien — quelqu'un capable de montrer comment ces quatre théâtres interagissent, se nourrissent ou se neutralisent mutuellement. Parce que si les milices amharas tiennent la Tigray occidentale, ça change les calculs du TPLF, ce qui change la posture d'Asmara, ce qui change les redéploiements d'Addis-Abeba — mais aucune source ne tire ce fil jusqu'au bout. L'accord de Pretoria a peut-être échoué non pas parce qu'il était mal négocié, mais parce qu'il prétendait résoudre un conflit singulier dans un pays qui en vivait plusieurs. Traiter l'Éthiopie comme une seule histoire, c'est déjà se tromper d'échelle — et ce biais-là, pour l'instant, est partagé par à peu près tout le monde.



