Synthèse Correspondant
Hashim Thaçi, ancien président du Kosovo et ex-chef de l'Armée de libération du Kosovo, a été condamné à vingt-cinq ans de prison par le tribunal de La Haye, aux côtés de trois autres anciens dirigeants de l'UÇK, pour des meurtres, tortures et détentions arbitraires commis pendant le conflit des années 1990 — les juges ayant rejeté, en revanche, les accusations de crimes contre l'humanité. La phrase la plus révélatrice de ce lot n'est pas dans les chiffres — RMF24 et le Jerusalem Post donnent le même décompte, 96 meurtres, 385 détentions arbitraires, 303 tortures. Elle est dans une précision juridique que Klix.ba est seule à développer aussi explicitement. Le président du tribunal a pris soin de préciser que la procédure ne jugeait ni la légitimité de l'UÇK, ni son objectif d'indépendance, ni les crimes commis par les forces serbes — seulement la responsabilité individuelle des quatre hommes. Cette clarification, quasiment absente des autres versions sous cette forme, tente de désamorcer par avance ce que la rue de Pristina fait pourtant à voix haute : lire le verdict comme une condamnation de la cause elle-même, pas seulement des hommes qui l'ont portée. Face à cette tentative de cantonner le jugement au strict fait individuel, la réaction politique kosovare, rapportée par ABC Color, fait exactement l'inverse : le ministre des Affaires étrangères parle d'un dommage au récit national, pas d'un dossier judiciaire. Deux échelles de lecture qui ne se contredisent pas frontalement, elles se contentent de ne jamais se croiser. Et au milieu de ce désaccord d'échelle, une absence structure tout le reste : aucune rédaction kosovare dans ce lot de onze, et un seul témoignage individuel de victime serbe, celui de Silvana Marinkovic recueilli par Tagesschau, vingt-sept ans après la disparition de son mari dans un camp tenu par l'UÇK. Le verdict compte quatre accusés, 96 meurtres et 303 victimes de torture selon RMF24 et le Jerusalem Post — dans tout ce lot, une seule de ces victimes a un nom, et c'est par sa veuve qu'on l'apprend.



