Synthèse Correspondant
Mille cent drones selon le ministère russe de la Défense, au moins 1 600 abattus « sur toutes les lignes » selon le maire de Moscou, dont 450 en approche de la capitale : la nuit du 19 au 20 septembre aura été l'une des plus lourdes que Moscou ait connues depuis février 2022. Une raffinerie de Gazprom Neft brûle à Kapotnya, à quinze kilomètres du Kremlin, des entrepôts et une centrale thermique sont touchés en région moscovite, quatre aéroports de la capitale cessent d'accueillir des vols, plus de trente avions sont déroutés. Trois morts en région de Moscou selon Meduza, deux selon Kommersant, une vingtaine de blessés : le décompte lui-même varie d'une rédaction russe à l'autre. Et le tout tombe au troisième jour des élections à la Douma, que les autorités annoncent se dérouler « normalement ». Le partage des rôles est net. Sobianine parle de frappe « planifiée pour faire échouer les élections » — с целью срыва выборов, que Kommersant cite intégralement et attribue à son post Telegram. Meduza empile les chiffres sans les fondre et ne reprend pas la thèse : elle note seulement que l'attaque tombe le troisième jour du scrutin, et que le vote se déroule « в штатном режиме » selon la mairie. Ailleurs, la même phrase circule mais reste attribuée : BBC News et Deutsche Welle écrivent que le maire l'affirme, sans la reprendre. Le Guardian va plus loin et conteste le chiffre dans le même souffle, estimant le tir ukrainien quotidien dans les centaines basses. Aucune rédaction ne la reprend à son compte ; ce qui les sépare, c'est la place qu'elles lui donnent. L'angle mort est ailleurs, et personne ne le comble. Sur quatorze rédactions, une seule — The Straits Times — fait de la nuit ukrainienne son sujet entier : quatre morts dans la région de Kyiv, dont trois enfants, une mère et ses deux enfants de 3 ans tués par un drone sur une maison, une fille morte à l'hôpital après une autre frappe. Une autre, NRK, ne parle ni drones ni raffinerie : Danil Timtsjenko, 21 ans, distribue des tracts à Tver pour Iabloko, le commentateur Konstantin Kalatsjov expliquant qu'après un sondage montrant une majorité de Russes favorables à la paix, le parti a été retiré en août de la liste nationale — or la moitié des 450 sièges se pourvoit sur ces listes. Et YLE envoie son correspondant dans une école proche du Kremlin attendre le vote de protestation de midi : une poignée d'électeurs. Deux rédactions racontent le même scrutin par ses marges, là où onze autres le racontent par ses drones. La veille, le centre russe de surveillance des élections annonçait des cyberattaques à grande échelle contre le vote électronique moscovite ; aucun observateur de l'OSCE n'est présent.



